Mongolie Partie 3 – De roche et de sable

« L’homme qui du désert connaît le secret ne peut vieillir. La mort viendra, tournera autour de la dune puis repartira. »

Tahar Ben Jelloun

Après cette nuit quelque peu agitée (voir partie 2), j’abordais définitivement le Gobi. Au revoir les steppes, bonjour la fournaise désertique ! Et comme entrée en matière, après quelques heures de piste, je tombais nez à nez avec une des plus belles curiosités géologiques du sud mongol. Se dessinant peu à peu au milieu de nulle part, j’arrivais vers les stuppas blancs de Doloon !

Les Stuppas Blancs de Doloon

Les Stuppas Blancs de Doloon

Les stuppas sont les monuments religieux canalisant les énergies du monde pour les bouddhistes et ce petit massif est en effet constitué de « piliers » qui reprennent la forme de ces autels sacrés. Amas de roches sédimentées et entassées en strates aux couleurs irréelles ! Blanc, ocre, rouge et orange se mêlent et éclatent en feu d’artifice sous un soleil puissant et un ciel bleu immaculé. On marche ici dans un spectacle lunaire où la roche brute semble adoucie par le mysticisme ambiant conféré par les courbes de l’érosion. Affleurant seuls au milieu du vide, dans la fournaise d’un désert minéral et hostile, ces monuments de sable cristallisés semblent bel et bien avoir été posés là par quelques divinités du fond des âges !

Explosion de couleurs !

Explosion de couleurs !

On les contourne par le bas avant d’atteindre, sur le sommet, un plateau calcaire où la steppe calcinée finit de mourir. Plus que quelques kilomètres et le désert rend son verdict implacable et définitif. Ce n’est pas un Sahara de dunes mais une fabuleuse désolation de rôches brûlantes. Cependant, l’impression doit être similaire, enfin je me doute, je n’ai jamais été dans le Sahara à vrai dire. Un sentiment profond d’infini et de sérénité vous envahit. Le calme absolu. Pas un bruit, pas un arbre, seuls quelques résidus de végétaux survivent ça et là et les lézards fusent sur les cailloux surchauffés !

Au pays du mineral !

Au pays du mineral !

Au milieu de cet environnement, notre chauffeur (plus que notre guide, jeune novice de 18 ans au moment de mon voyage) se révèle d’une connaissance remarquable. Lui vient de Dalanzadgad, la capitale du sud gobi, et parcourt le désert depuis près de quinze ans. Outre que ce CV puisse paraître quelque peu rassurant, il s’avère que notre pilote sait se repérer dans le désert et, surtout, connaît l’ensemble des points d’eau. Ceux-ci sont géographiquement plus fiables que n’importe quelle carte puisque l’hiver très rude du Gobi n’a de cesse de remodeler les pistes années après années ! Dans cet espace sans repère apparent, savoir detecter ces lieux est capital.

A la recherche de l'eau !

A la recherche de l’eau !

Etre seul ici, sans eau et sans connaissance des puits, c’est la mort quasi assurée. Après avoir refait le plein d’eau, nous quittons Doloon pour finir la journée dans un camp de yourtes où, malheureusement, nous n’aurons que peu de contacts avec les habitants. Arrivés de nuit, nous serons cantonnés à notre yourte où le repas nous sera directement amené ! Les nomades se couchent tôt… et se lèvent tôt. Nous aussi !

Au quatrième jour, changement radical et assez fou au milieu du désert ! Voilà une des particularités du Gobi, il est loin d’être uniforme sur la vaste étendue qu’il occupe. Et pour le coup, aujourd’hui, nous arrivons dans un environnement qui rappellerait une vallée alpine: Le Canyon Glacé de Yol. Aussi incroyable que cela puisse paraître, à cet endroit le désert est stoppé net par un découpage rocheux verdoyant où coule une rivière et où, jusqu’en juin, on trouve même de la glace !!DSCF1932

Pour ma part, j’arrive un peu tard. Mais quel vent de fraîcheur, véritable oasis où vous vous baladez en observant chèvres sauvages, mouflons et une quantité impressionante de Pika, ces petites boules de peluche qui ressemblent à de grosses musaraignes ! Nous déambulons quelques heures dans ce canyon avec le secret espoir d’apercevoir les fameux Yol, les aigles du Gobi qui malheureusement se font rares et que l’on n’apercevra pas cette fois-ci !

Un Pika !

Un Pika !

Mais c’est quand vous croyez en avoir fini avec lui que le désert vous réserve sa plus belle surprise ! Le cinquième jour, après une journée sous les averses (!), un vent puissant se lève emportant pluie, nuages et poussière pour révéler ce qui m’est apparu comme le plus fantastique des paysages de ce voyage dans le désert: Les Dunes Chantantes de Khongoryn Els. Alors que le Gobi ne recèle aucune dune de sable, voilà qu’à cet endroit précis et sans explication se dressent de fantastiques amas de sable dont le sommet culmine aux alentours de 2OOm (une altitude hypothétique car seul le vent modèle ce paysage) ! Je reste personnellement fasciné par cet endroit incroyable où nous resterons deux jours. Nous dormons dans des yourtes face aux dunes, un spectacle magnifique quand le soleil couchant embrase cet espace qui se pare de couleurs que seul le ciel mongol sait distiller.

Ma yourte face aux dunes !

Ma yourte face aux dunes !

Le lendemain, nous décidons de nous rendre directement dans les dunes. Celles-ci étaient situées à environ six ou sept kilomètres de notre campement et pour nous y rendre quoi de mieux que d’utiliser le moyen de transport local: le chameau ! Pour ma part j’arrivais avec quelques préjugés, le chameau représentant dans mon esprit une des plus belles arnaques à touristes de tous les temps. En gros, pour moi, chameau = tour opérator en Tunisie avec 20 minutes de chameau anémié et guide surexploité. Sauf que là, rien de tout ça. Bon, bien évidemment je ne me fais aucune illusion sur ce qu’a pu toucher notre guide (ni d’ailleurs les familles qui vous accueillent) des quelques 500$ lâchés au Golden Gobi mais clairement le transport en chameau s’est révélé être très agréable et avoir même son utilité puisque vous devez franchir des rivières à fond meuble où même le van russe de combat aurait pu s’ensabler.DSCF1987

Et donc, après une demi heure à dos de camélidés, nous voilà arrivés au coeur des dunes. Ma toute (toutoute) première fois à arpenter le sable d’un désert !!! C’est comme des gosses que nous gravissont les dunes avant de nous jeter en roulé-boulé au bas de celles-ci, avalant au passage l’équivalent d’une bétonnière et remplissant mes chaussures d’un sable qui ne partira définitivement que des mois plus tard ! Le soir approchait et une question restait non élucidée dans mon esprit: pourquoi ce nom de « Dunes Chantantes » ? J’allais très vite être fixé.

A l'assaut de la dune !

A l’assaut de la dune !

Branle bas de combat au campement, vite vite tout le monde dans le van à fond les ballons et en route pour gravir la plus grande des dunes située à une dizaine de kilomètres. Arrivés au pied, voilà qu’on nous annonce qu’il va falloir se cogner le monticule de deux cent mètres de haut à pied et au pas de course pour ne pas rater le coucher de soleil. Ceux qui me connaissent savent que je suis plus fort pour griller des clopes que pour courir des marathons. Et bien les amis, oui j’en ai chié !! Arrivé bon dernier au sommet après un début d’infarctus, une ablation du poumon (mais dans les temps), j’admirais le plus beau coucher de soleil qu’il m’est été donné de voir de toute ma vie !DSCF2004

Lors de la redescente, notre guide perçait enfin pour nous le mystère des dunes. En ligne et à genoux sur les dunes, nous nous élancions dans la pente créant une petite avalanche de sable. Surprenant ! Comme un organisme vivant, le sable se mit à vibrer littéralement à notre passage émettant un son qui rappelerait la corne de brume d’un paquebot ! Les dunes chantaient ! Quand le vent est assez fort, les dunes chantent toutes seules et le son se répercute à des dizaines de kilomètres. Science pure ou manifestation de quelques esprits, je vous laisse le choix si d’aventure vous avez la chance de passer à cet endroit !

Pour moi, l’aventure se poursuivait encore quelques jours avant d’achever mon voyage en mongolie. A suivre dans la prochaine et dernière partie…

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3 commentaires pour Mongolie Partie 3 – De roche et de sable

  1. Seb dit :

    Des images magnifiques, un texte subtile et super bien écrit avec un brin d’humour, de quoi faire un bouquin d’aventure ! Je suis à l’affût du nouvel épisode, dans quel état est le petit Gregory avec ces 20000 kms dans les pattes?

    • OOOOOOH merci Seb pour ce beau commentaire !!! Le petit Gregory se porte a merveille bien que je le maltraite a lui faire subir des toits de camions, des soutes de bus crasseuses et autres joyeusetes !! A bientot

  2. Cec dit :

    Waouh… magnifique! Merci pour ce partage, merci de créer cet espace de voyage si joliment conté! Ça donne envie de s’accrocher à réaliser ses rêves! Ton récit contamine mes désirs latents de toujours continuer à avancer, à découvrir, à voyager librement, et bouscule cette peur de risquer un « non-enracinement », un « non-ancrage » dans le fragile conformisme d’ici… Bref!
    Belle année à toi, toujours plus riche de curiosités et d’émerveillements!

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