Mongolie Partie 2 – Sur la route du désert

« En vingt-quatre kilomètres, vous venez de comprendre qu’il y a deux Mongolie […]. Passé les guichets de l’aéroport, c’est tout de suite la steppe. Un cavalier surgit à la hauteur de la voiture, au galop, debout sur ses étriers. Les pans de son vêtement flottent dans le vent. Il bifurque à angle droit et pique des fers vers l’horizon où il rapetisse à grande vitesse dans un nuage de poussière. Alors, c’est vraiment ainsi ? Le mythe incarné… »

Patrick Bard

Il est six heures du matin. Je me lève une dernière fois à Oulan Bator. Déterminé, je remballe mon sac et d’un pas pressé je rejoins le point de rendez-vous fixé par le Golden Gobi. Il est 6h30, je découvre avec un large sourire le Van russe qui me trimbalera pendant les 10 prochains jours à travers le sud mongol. Ces Vans, je les connais déjà pour les avoir vu foncer dans les pistes bouriates près du Baïkal. Amas d’acier incassable au moteur d’une simplicité presque enfantine, rapide, solide et dont les pièces se trouvent partout dans les anciennes républiques socialistes et pays sous influence. Un camion fiable donc. Il ne fera jamais faux bond, ou presque. Je découvre également mes camarades de route, une bonne équipe hispano-américaine qui sera d’une très bonne compagnie (ce n’est pas toujours le cas malheureusement d’après certains échos dont j’ai eu vent).

Le Van, pur produit de l'URSS

Le Van, pur produit de l’URSS

7h00, le camion est chargé en vivres (principalement pâtes, légumes, pain, eau et thé), en matériel (tentes, duvets, cuisinière de transport etc) et en humains (6 voyageurs, le guide Sana et le pilote Oorsk) ! La petite caravane s’ébranle et en moins d’une demie heure, nous voilà sur les premières pistes !

Les routes sont raides mais cela est assez amusant, nous cheminons ainsi à travers la steppe au rythme de la musique mongole distillée par notre surprenant conducteur ! Deux heures plus tard nous atteignons notre premier objectif, Tsagan Suvarga, une des montagnes sacrées de Mongolie. Je grimpe rapidement jusqu’à ce beau point de vue sur les steppes environnantes, les troupeaux de chevaux, de chèvres et autres yaks venant se rafraîchir près du petit lac en contrebas.

Depuis Tsagan Tsurvaga

Depuis Tsagan Tsurvaga

Nous mangeons pour la première fois sur la piste et reprenons notre route vers une zone de formation rocheuse remarquable, le soleil commence à descendre et les lumières virent à l’ocre tandis que les nuages se chargent d’un violet sombre ! Le soleil disparaît quand nous atteignons notre premier camp de yourtes, c’est là que nous dormirons cette nuit après avoir mangé avec la famille !

Milles feux sur la steppe !

Milles feux sur la steppe !

Ce soir là, nous apprenons qu’un Nadaam doit se tenir dans une petite ville pas très loin. Les Nadaam sont ces évènements traditionnels et sportifs (il en existe de toutes les tailles de l’évènement national à la fête municipale) qui se produisent à différents moments à travers les villes et les villages mongols. Nous décidons de mettre le cap sur ce festival dès le lendemain, bousculant un peu le programme au cordeau de notre guest house.

Au deuxième jour, nous voilà dans un village dont j’ai oublié le nom. Un large espace a été aménagé au centre, des tonelles montées et tout un petit monde s’affaire en préparatifs de tout genre avant le début des hostilités ! On attend d’abord les lutteurs ! Les mongols ont une renommée mondiale dans ce sport que l’on pratique très sérieusement et à quasiment tous les âges. Ils se préparent, on sangle les bottes de cuir, on revêt chapeaux et gilets traditionnels, on s’enduit, on écoute l’entraîneur, on brocarde d’un regard ses futurs adversaires et on boit… oui, on boit du lait de jument fermentée mais je dois vous avouer que ça n’a pas été une révélation pour moi. Un goût très puissant de lait caillé vous voyez ? Et bien maintenant, imaginez ça en 10 fois plus acide. Bref, l’apéro ce sera pour une autre fois !

Lutteur en préparation

Lutteur en préparation

Après une heure d’attente, ils entrent en scène. Enfin pas avant d’avoir exécuté la danse rituelle en l’honneur de la Terre, de l’entraîneur et des adversaires. La main posée sur la tête du coach, ils tournent autour de celui-ci en agitant l’autre bras comme une aile, à la façon des aigles. Une fois terminée ils se rassemblent tous et courent toujours en agitant les ailes vers les doyens assis sous le drapeau mongol. On peut commencer. Pas de ring ici, pas de round non plus ni de catégorie de poids, on se bat tous ensemble ce qui rend le spectacle un peu compliqué à suivre pour le profane. La joute se fait tout en lenteur et en technique jusqu’à ce qu’un des deux lutteurs touche le sol ! Un spectacle auquel on se prend assez vite malgré la complexité des règles.

Au combat !

Au combat !

Cela dure une heure et à l’issue des combats, nous voyons toute l’assemblée s’agiter, rejoindre motos et chevaux… Que se passe t-il ? Ce sont les enfants qui seront à l’honneur d’ici peu car la grande course de chevaux (apothéose du Nadaam) est en passe de rejoindre la ligne d’arrivée après plus de 50 km à travers la steppe ! Ni une ni deux, nous grimpons dans notre Van afin de suivre cela en direct ! Déjà, des centaines de personnes sont attroupées près de l’arrivée, les caméras et les portables sont tous allumés, même la presse locale est de la partie ! Un épais nuage de poussière s’élève au loin, peu à peu un son sourd de cavalcade se fait entendre. Dans l’épaisse chaleur de la steppe, des formes encore indistinctes se profilent, se rapprochent. Des cris parviennent, ils ne sont plus très loin ! Et c’est l’assaut final ! A coup de cravaches, des petits bonhommes qui n’ont pas 8 ans pour la plupart mènent les chevaux à bout de souffle sous les acclamations d’une foule joyeuse et rigolarde ! L’un d’eux se détache, franchit la ligne, héros d’un jour ! D’autres sont beaucoup plus malchanceux. Exténués ils sont tombés en chemin et c’est leurs chevaux, sans cavalier, qui passent la ligne d’arrivée ! Un moment euphorisant pour sûr !

Un vainqueur à bout de force !

Un vainqueur à bout de force !

La journée se termine ainsi pour les lutteurs, les cavaliers et pour nous qui reprenons notre route afin de trouver un lieu pour établir le campement. Nous en dénichons un pas loin de Bayan-Önjüül (dernier village de la piste avant le Gobi), un endroit au calme, d’un plat parfait qui s’étend jusqu’à perte de vue ! Mais c’est en finissant de planter nos tentes que nous nous rendons compte que le temps a changé. Mais alors vraiment. D’un bleu parfait, nous voilà entourés par quatre ou cinq orages. Le vent se lève. Nous pouvons clairement distinguer les fronts nuageux tourner autour de nous tandis que de fabuleux éclairs strient le ciel sans un bruit… pour le moment. Car une heure après, ce qui devait arriver arriva. Regroupés en un seul orage, la tempête nous tombe dessus en furie !!

"winter is coming"

« winter is coming »

Je rappelle que nous sommes en pleine steppe sans aucun renfoncement ni abris, rien. Le vent fait plier les tentes au point de rupture quand la pluie puis la grêle viennent s’en mêler. Ca devient critique. Mais fort d’un superbe apéro à la vodka mongole, c’est le moment que choisit mon compagnon américain pour proposer, je cite, « d’aller prendre une douche » (celles-ci étant plutôt rares voire inexistantes dans le désert) ! Qu’à cela ne tienne, nous voilà sous la tourmente à essayer d’hurler plus fort que la nature. Peine perdue. Nous devrons déplacer le Van de travers pour protéger les tentes et passer, vaille que vaille, une bonne nuit ! Le lendemain matin, le grand bleu est revenu.

La piste s’étire maintenant vers des contrées plus sèches, l’herbe se raréfie, la température augmente, la poussière se soulève à notre passage, le Gobi ouvre ses portes.

A suivre…

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5 commentaires pour Mongolie Partie 2 – Sur la route du désert

  1. fliflounette dit :

    Belle expérience ! Vivement la suite !

  2. chem dit :

    toujours un grand plaisir de lire ces articles, bravo à toi et continue comme ça !!! Tu nous vends du rêve 🙂

  3. Ping : Mongolie Partie 3 – De roche et de sable | Le Long Chemin

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