Mongolie Partie 1 – Voir Oulan Bator et s’enfuir…

« A quoi rime l’empressement sur la steppe ? Quand le ciel créa le temps, il en créa suffisamment, assure le dicton. La première leçon à retenir des Mongols (car il faut apprendre d’eux comme eux apprennent de la steppe) est de prendre le temps ou plutôt d’apprendre leur temps »

Marc Alaux

Ulan Ude, capitale de la Bouriatie, 5h40 du matin, un bus, une destination. Les steppes mongoles, bien qu’encore invisibles, se font de plus en plus pressantes dans mon esprit. Dans cette ultime ville russe, le bus se remplit rapidement d’un flot de mongols en partance. La langue change, définitivement incompréhensible et sonore. Je n’ai pas de billets ni de réservation, je dois attendre que la chance m’offre une des dernières places de l’unique bus de la journée en direction d’Oulan Bator. Une heure plus tard, c’était moins une, j’obtenais au forcing le dernier siège pour un peu plus d’un millier de roubles. Le bus s’ébranlait enfin, au revoir « Mère Russie » bonjour « Pays du Ciel Bleu ».

A Ulan Ude, la plus grosse tête de Lénine du monde a le regard vide. La Mongolie fut un échec soviétique.

A Ulan Ude, la plus grosse tête de Lénine du monde a le regard vide. La Mongolie fut un échec soviétique.

Quelques formalités douanières vite réglées et s’ouvre ainsi ce chapitre mongol. Les premières yourtes égrainées sur une steppe verdoyante et infinie. Quelques cavaliers esseulés et des mini vans japonais, des motos chinoises sur une seule et unique route pour un ballet de klaxons effrénés vers la capitale.

Il faut compter une douzaine d’heures douanes comprises pour rallier Oulan Bator, de quoi laisser le temps de discuter avec vos voisins. Pour ma part, je rencontrais deux voyageurs aux histoires un peu atypiques. Tout d’abord Omar, un DJ italien faisant des allers retours permanents pour promouvoir ses shows moyennant finance entre Irkoutsk et Oulan Bator et connaissant très bien cette ville. Ensuite, hasard monstrueux de cette petite planète, je tombais sur Conor, un irlandais rencontré il y a de ça six ans à Galway sur SON île, en route pour un road trip asiatique de quelques mois !!! Retrouvailles improbables sur un resto-route de Mongolie autour de notre premier plat typiquement mongol: la soupe de tripes de moutons et de pâtes (et croyez moi, c’était le début d’une très longue série).

Omar et Conor, deux voyageurs des routes mongoles.

Omar et Conor, deux voyageurs des routes mongoles.

Le trajet suit son cours et l’atmosphère change d’un coup. Les yourtes se font plus rapprochées, des bâtisses de béton font leur apparition, des prés carrés montés à la brique ou au grillage se dressent sur des terrains vagues, le ciel se teinte d’un gris lourd et un embouteillage monstre vous annonce votre arrivée. Bienvenue à Oulan Bator, ville principale du pays, ville fermée sans horizon, véritable cocon intoxiqué de pollution, aimant d’un faux Eldorado capitaliste pour l’exode rural de tout un peuple qui s’entasse à ses portes dans un rêve d’une vie meilleure aussi peu probable que destructeur.

Constructions, pollution et poussière.

Constructions, pollution et poussière.

Le bus avance à travers des constructions chaotiques aux façades charbonnées, des love-hotels sordides et des amas de yourtes noircies par les fumées d’échappement, bidonvilles de fortune encrassés dans la misère. Sorti du bus, j’atterissais sur la fameuse Peace Avenue. Pourquoi fameuse ? C’est souvent le nom qui revient quand les gens évoquent Oulan Bator. C’est le nerf central, véritable artère fémorale de la ville, c’est là que s’enchaînent comme sur une brochette magasins d’état (« department stores »), restaurants, bars, karaokés, petits commerces, agences de voyage et « guest houses » fournisseuses de « tours » en tout genre.

Peace Avenue, centre économique et politique du pays.

Peace Avenue, centre économique et politique du pays.

J’errais ici pendant cinq jours, entre recherche de fuite, empilement de documents consulaires pour le visa chinois et, je dois l’avouer, un peu de dépit. Les prix arborés par les auberges et autres agences ayant ce pouvoir radical de vous refroidir instantanément en vous faisant comprendre que voyager par soi-même en Mongolie est de l’ordre du très compliqué. Pour le stop je n’en parle même pas puisque de toute façon on vous demandera de l’argent dans 100% des cas. Un séjour long donc, une bonne douzaine de jours au total, un séjour sclérosant et fatiguant d’autant que sortir de cette ville n’est pas une mince affaire quand on débarque sans information.

Au fil de mes vagabondages urbains, j’atterrissais dans une auberge où je fis la connaissance de John, Thomas et Antoine, des français en tour du monde qui avaient dans l’idée de partir quelques jours dans le parc national de Hustay Nuruu à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Oulan Bator. Une idée plus que bienvenue pour aller prendre l’air loin de cette ville qui me devenait de plus en plus insupportable. Au programme, camping sauvage et randonnée à la recherche des fameux derniers chevaux sauvages dont on n’a, malheureusement, jamais vu la crinière ! Ou peut être que si mais personne n’était là pour nous le confirmer…

Camping sauvage dans la parc de Hustay Nuruu.

Camping sauvage dans la parc de Hustay Nuruu.

Après ces quelques jours en guise de bol d’air, j’étais de retour à Oulan Bator pour récupérer le sésame nécessaire pour entrer en Chine et je me mettais sérieusement en quête d’un moyen pour enfin voir le reste de ce pays fabuleux ! J’allais donc chaque jour de « guest house » en « guest house » afin de négocier les tarifs d’un circuit sans me faire dépouiller de mon précieux petit budget ! La solution viendra finalement de l’auberge Golden Gobi, véritable usine à « backpackers », de loin la plus fréquentée de toute la ville , pourvoyeuse de tours démarrant quasiment tous les jours et proposant par conséquent les meilleurs prix (ceux-ci étant dégressifs selon le nombre de participants. Plus vous êtes nombreux, moins vous payez). Vous trouverez ici une gamme assez large de propositions allant du tour à la journée au méga-trip de 30 jours !

La Golden Gobi GH.

La Golden Gobi GH.

En revanche,  je ne passerais pas sur l’hypocrisie certaine de la taulière des lieux, une certaine Oggy, dont le sourire et la bonne humeur de façade s’allongeaient à mesure que s’entassait la liasse de Benjamin Franklin empilée sur son bureau. Je sais que d’autres n’ont pas eu ce même ressenti face à ce personnage assez connu des voyageurs étant passés par les services de cette auberge. C’est le mien, ça vaut ce que ça vaut.

Finalement, après trois jours de négociations et dans l’attente de la constitution d’un groupe, j’obtenais enfin ce que je voulais. Un tour de douze jours de l’ouest au sud avec un long séjour dans le désert de Gobi. Difficile tout de même de lâcher les 450$ demandés sans un petit haut le cœur mais la suite me prouva qu’ils les valaient allègrement…

Le lendemain, au petit matin, j’embarquais à bord d’un van Gorkovski russe avec quatre autres voyageurs, direction la Mongolie… la vraie cette fois. A suivre…

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