4 jours de trek sur le Lac Baïkal

« Le Baïkal à mes yeux pris des allures d’océan. Les caps se multipliaient tandis qu’autour de moi les eaux bleu roi étiraient vers le nord une longue courbe bordée d’une chaîne de montagnes fantomatiques. Vues d’ici, toutes les couleurs semblaient s’être épurées pour virer à ce bleu qui submergeait tout. »

Colin Thubron

Arrivé à Irkoutsk, j’étais frétillant, bouillonant, je ne tenais pas en place. Malgré tout ce que cette ville pouvait avoir à offrir, mon esprit n’était focalisé que sur Elle, que sur Lui ! « La Perle de Sibérie », « La Mer », Le Lac Baïkal, peu importe le nombre incroyable de noms et de superlatifs qu’on lui attribue, c’était mon objectif depuis mon entrée en Russie. C’était même plus que ça à vrai dire. Depuis des années mes yeux bloquaient dans les pages de mon atlas sur cet endroit, j’avais farfouiller dans les internets et même passé des heures à regarder les rediffusions de documentaires sur France 5 en rentrant d’une quelconque soirée sans intérêt. Il revenait de temps à autre dans des récits de romans, à toutes les époques, sous tous les prétextes. J’avais aussi tous ces retours de voyageurs revenus émerveillés après avoir poser leurs sacs près de ses eaux gelées ou brûlantes de soleil ! Bref, vous l’aurez compris, j’attendais beaucoup de cet endroit que j’avais largement idéalisé. Avais-je tort ? Loin de là.

Malgré tout, je devais rester à Irkoutsk afin d’acquérir mon visa mongol (une formalité soit dit en passant) ! Quelques jours. Quelques jours c’était déjà trop et je décidais en guise de préambule de me rendre à Listvianka. En stop ! Et oui, après tout ce trajet en train, mon pouce était un peu rouillé et c’était l’occasion parfaite de retourner enfin sur la route. Quelques heures plus tard, très facilement, j’abordais pour la première fois les eaux du Baïkal.

Premiers pas au Baïkal

Premiers pas au Baïkal

Une atmosphère froide, brumeuse, des odeurs de poisson fumé et un léger clapotis sur une immensité d’eau impassible et infinie ! J’allais manger près du marché local cette spécialité du lac qu’est l’Omoul, cousin du saumon à la chair tendre et délicieuse !

L'omoul, ressource principale du lac

L’omoul, ressource principale du lac

Beauté, moment suspendu, c’est sans réfléchir que je remontais la côte pendant deux jours, marchant et flânant le long de longues falaises abruptes avant de revenir sur Irkoutsk !

En suivant les rives

En suivant les rives

J’avais largement entendu parler de la presqu’île d’Olkhon, ventée par toutes les auberges et tous les guides du monde. J’étais méfiant. Avais-je fait tout ce chemin pour aller sur une petite île où se concentre la masse des backpackers ralliant Moscou à Pékin en train durant les grandes vacances ? Et puis je n’avais pas de tente ! Rester à Khoujir (le village principal d’Olkhon) dans l’une des 3 usines guest-houses, faire les 3 mêmes photos et repartir ? Décidément je n’étais pas emballé. J’aurais voulu remonter plus au nord avec la ligne Baïkal-Amour pour aller me perdre du côté de Severobaïkalsk mais le temps me manquait et ce maudit visa russe n’est ni négociable ni extensible.

Mais le hasard fait bien les choses et ce soir là je rencontrais Nadejda, une russe connaissant très bien la région. Après avoir longuement discuté elle finira de me convaincre de me rendre à Olkhon et me trouvera même une tente empruntée à l’un de ses ami !! J’étais donc paré. Le plan ? Me rendre sur l’île et partir en autonomie pendant quelques jours en marchant plein nord, direction le Cap Khoboï. En autonomie cela signifie la tente et de la nourriture. Pour l’eau, malgré ce qu’on peut lire de très alarmant (et à raisons !) sur le Baïkal, sachez qu’il est tout à fait possible de boire son eau à condition de la filtrer à la Micropur (cachets purificateurs d’eau) ou au moins de la bouillir convenablement.

L'eau bien bouillie devient potable !

L’eau bien bouillie devient potable !

J’ai rejoint Olkhon avec un bus au départ d’irkoutsk (très facile à trouver, la station de bus se situe au nord de la ville. Toutes les auberges proposent également ce service moyennant un surplus) pour un trajet de 8h. La première partie de la route est assez facile et l’on aperçoit les premiers signes de culture mongole au détour de quelques Uvoos (poteaux garnis de drapeaux de prières ou amas de pierres sacrés).

Les Uvoos près de Khoujir

Les Uvoos près de Khoujir

Il faut rappeler que la Sibérie laisse place ici à la Bouriatie. Les Bouriates sont un peuple ancestral de cette partie de l’Asie et sont aujourd’hui disséminés de la Sibérie au nord de la Mongolie par le jeu des frontières modernes.

A la fin de la route on arrive sur les rives du lac. Si le passage vers l’île est possible en hiver, il vous faudra prendre un bac durant le court hiver sibérien voire un hydroglisseur en automne et au début du printemps.

Le bac pour Olkhon

Le bac pour Olkhon

Une dizaine de minutes plus tard, on accoste sur Olkhon et la route se transforme alors en piste, une piste sur lequel mon petit bus japonais n’a pas résisté bien longtemps. Première crevaison durant laquelle les increvables van AOS soviétiques filant à toute allure semblaient nous toiser !

Une roue en moins, UNE !

Une roue en moins, UNE !

Bref, trois crevaisons plus tard j’atteignais enfin Khujir et passait la nuit dans la guest house « Nikita », sympathique mais, comme prévu, bondée de touristes ! Je me réfugiais près du lac et contemplait mon premier coucher de soleil sur le Baïkal. Instants magiques où le lac se mesure à l’éternité, une ronde érotique se met en place entre les nuages et les montagnes, le feu du soleil vient mourir dans les eaux froides et profondes de cette véritable mer d’eau douce et les étoiles viennent peu à peu pointiller sa surface.

Coucher de soleil sur la Perle

Coucher de soleil sur la Perle

Le lendemain matin, j’attaquais ma première journée de marche ! Sachez qu’il est normalement obligatoire de vous acquitter d’un droit d’entrée ainsi que d’un droit de camping. En réalité, je n’ai jamais croisé le moindre garde et même plus loin, à l’entrée de la réserve, rien ne m’a été demandé. Le sentier est assez facile, le balisage inutile puisqu’en suivant le lac vous ne pouvez pas vraiment vous perdre ! Cependant, les lieux sont arides et calcinés par le soleil, ça tape dur et le temps peut changer à tout moment. Sur cette première journée j’ai du monter ma tente en catastrophe sous un orage faute d’un quelconque abri !!

Durant les jours suivants, la végétation fait son apparition mais vous aurez à composer avec la marche dans le sable jamais très agréable ! Au terme de cette journée, j’allais récupérer mon eau dans le lac et installait mon bivouac. Le camping sauvage est donc totalement permis ainsi que le feu ! Bien pratique, j’en profitais pour improviser un barbecue avec comme toile de fond une anse abandonnée des touristes (c’est toujours le cas dès qu’on dépasse la barrière fatidique des 10km de marche !!).

Bivouac au bord de l'eau

Bivouac au bord de l’eau

Le Lac pour moi tout seul, des moments parfaits pour écrire, dessiner et… se laver ! Et là autant vous dire que c’était la douche la plus rapide de ma vie car l’eau du Baïkal, en dépit des grosses chaleurs, reste extrêmement froide du fait des courants profonds qui le traverse. Et profond pour sûr il l’est ! parlons rapidement des proportions très russe de ce lac à part. Il est en mouvement constant, placé sur une ligne de faille qui l’abaisse chaque année. Avec ses 1600m de fond c’est le lac le plus profond du monde sans aucuns prétendants sérieux ! C’est aussi le plus long avec plus de 640km de longueur ! Il contient un cinquième de l’ensemble de l’eau douce de la planète soit l’équivalent de la Mer Baltique ! Si toutes les rivières de la Terre réunies se jetaient dedans, il faudrait plus d’un an pour le remplir ! Enfin, c’est le plus ancien lac de la planète et il abrite 1200 éspèces endémiques comme le Golianka (un poisson des abysses translucides) ou bien évidemment le Nerpa, le phoque mascotte observable en certains points de l’île !

En route pour le Cap Khaboï

En route pour le Cap Khaboï

Je ne vous ferais pas le récit jour par jour de ce petit trek improvisé, mais sachez qu’il vaut le coup ne serait-ce que pour ces doux moments de solitude en pleine nature ! L’allez retour fais grosso modo 70km (aucunes certitudes là dessus) et il m’aura fallu deux jours pour atteindre le cap et autant pour revenir ! Cette étape était ma dernière en Russie et le moins qu’on puisse dire c’est que j’en ai pris pleins les yeux !

De retour à Irkoutsk, j’ai repris le transsibérien sur son ultime tronçon jusqu’à Ulan Ude. Ici m’attendait un bus… un bus en direction de la Mongolie ! A suivre…

 PS: pour celles et ceux qui voudraient faire ce trek en plein hiver (et dieu sait que si je retourne en sibérie ce sera à cette saison) je vous recommande l’excellent article de l’ami Manu (pas moi un autre) à l’adresse suivante ! http://www.journauxdevoyages.com/russie-randonnee-itinerante-en-boucle-entre-khuzir-et-le-sud-de-lile-dolkhone

Publicités

A propos Le Long Chemin

Le Long Chemin est le blog qui relatera mes aventures autour du monde en stop ! n'hésitez pas à vous abonner, partager ou me contacter ! Au plaisir de vous lire !
Cet article, publié dans Carnet de Route, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour 4 jours de trek sur le Lac Baïkal

  1. Ping : Longs courriers, le blog voyage de Manu et Sarah

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s