Km 12 422 – L’aventure Transsibérienne

« Vers le soir, le vent tombe et nous entrons dans un vide doré. Je me dis : voilà la Sibérie originelle – insaisissable, infinie -, celle qui s’attarda au fond des yeux des premiers voyageurs, tel un inconscient géographique. Son apparente vacuité était une page blanche. Mon voyage va courir après cette étendue qui couvre sept fuseaux horaires et un tiers de l’hémisphère Nord »

Colin Thubron

Vraiment pas au mieux de ma forme en Ukraine, je rejoignais Moscou avec un train de nuit, excellent préambule à ce qui allait m’attendre quelques jours plus tard. Vous l’aurez compris, traverser la Russie en stop compte tenu des contingences de visa s’avère être très compliqué. 30 jours pour abattre plus de 5000 km ça peut se faire à condition de ne se focaliser que sur ça et de ne jamais s’arrêter. J’aime le stop pour sa lenteur, je ne fais pas des performances. Et puis entre nous, rater l’expérience transsibérienne aurait été une grosse erreur. J’arrivais donc en gare de Koursk dans le proche centre de Moscou. Après avoir fait traduit mes demandes pour les billets, je me rendais à la station de métro Komsomolskaya et achetais sept tickets différents.

Gare de Iaroslavl, porte d'entrée du transsibérien !

Gare de Iaroslavl, porte d’entrée du transsibérien !

Il est bien sûr possible de rallier la Sibérie en un seul tronçon de 90h environ mais je voulais m’arrêter en chemin. Mes escales ? Niznhy Novgorod, Ekaterinbourg, Omsk, Krasnoïarsk, Novossibirsk, Irkoutsk puis Ulan-Ude ! Je passais en moyenne deux jours dans chacune de ces villes sauf à Irkoutsk pour cause de demande de visa. Pour ce qui est du prix, je m’en suis assez bien tiré étant donné que nous étions au début de la haute saison. L’ensemble des billets me sera revenu à 9000 roubles soit un peu plus de 200 euros.

7 billets pour rallier la Sibérie !

7 billets pour rallier la Sibérie !

J’embarquais dès le lendemain pour ma première étape direction Niznhy Novgorod. Un tronçon de cinq heures, trop peu pour me familiariser avec les codes de ce train légendaire. Deux jours plus tard, j’étais en route pour trente heures vers Ekaterinbourg. Entassé dans la Platzkart (la troisième classe et la seule que j’ai testé d’ailleurs) avec deux babushkas, j’apprenais à me servir du Samovar, cette machine à eau chaude en libre service, véritable coeur du transsibérien, qui vous permet de préparer thés et pâtes à volonté.

Repas classique, noodles, oeuf durs, cornichons et thé !

Repas classique, noodles, oeuf durs, cornichons et thé !

En troisième, vous êtes entre 5 et 6 par compartiment (1m² par personne en gros), 4 face à face en couchettes superposées, 2 dans le couloir. Il n’y a qu’une petite table alors il faut s’organiser, vite briser la glace et partager vos maigres victuailles avec vos compagnons de rails ! Tout ceci est important car la promiscuité est telle que le chacun pour soi n’est pas envisageable. D’ailleurs, cela ne fait pas parti de la mentalité russe. S’ils paraissent froids et distants au premier abord, une fois le contact établi vous allez prendre trois kilos à chaque repas ! L’hospitalité russe a horreur du vide et ne saurait tolérer un refus ! d’ailleurs messieurs, sachez que quand on est un mâle viril, on mange au moins autant qu’on boit ce qui en russe veut dire beaucoup, VRAIMENT beaucoup !

Alex ! rencontré dans le train, il m'a hébergé chez lui spontanément !

Alex ! rencontré dans le train, il m’a hébergé chez lui spontanément !

Vous ferez également connaissance dans votre wagon avec la Provodnitsa (la contôleuse), capitaine du vaisseau, c’est Dieu le Père dans les différentes voitures du train et au moindre écart vous sentirez le vent de son courroux ! Un courroux dont seuls les fonctionnaires russes ont le secret ! J’ai vu un homme à l’haleine plus qu’éthylique se faire sèchement rabrouer par l’employée des chemins de fer d’une voix de cantatrice, ses gigantesques mamelles dressés comme des canons et le rictus d’une oursonne après six mois de jeûne ! Faites comme lui en ayant une grande gueule et c’est la police qui vous débarquera manu militari au beau milieu de la taïga !

La Provodnitsa !

La Provodnitsa !

C’est donc dans cette ambiance bien particulière mais très attachante que j’ai parcouru les quelques 6000 km séparant la frontière ukrainienne du Lac Baïkal. Soyons clairs en revanche. Le transsibérien vaut pour son atmosphère unique et les rencontres que vous pourrez y faire, pour ce qui est des paysages on repassera, à moins d’avoir la capacité de s’extasier sur des milliers de kilomètres d’un tableau uniquement composé de forêts de bouleaux et de mélèzes ! Dans son livre « En Sibérie », Colin Thubron résume assez bien ce sentiment d’infini que laisse la Sibérie : « La Sibérie : elle occupe le douzième des terres émergées du globe – voilà la seule certitude qu’elle laisse dans l’esprit. Une austère beauté, une peur indélébile. De jour j’avais trouvé la taïga silencieuse, baignant dans une lumière verdâtre et une paix de cathédrale. Mais ce vide n’était qu’une absence d’humains. La forêt bruissait de toute la vie inquiète qui la peuplait ».

A travers le hublot

A travers le hublot

Pour vous donner une idée de l’immensité de ce voyage rappelons tout de même quelques chiffres. Les différentes lignes du transsibérien ont été construites sur presque 40 ans. La ligne principale couvre 9288 km entre Moscou et Vladivostok, un voyage complet d’une semaine entière est nécessaire. Il y a 990 gares sur son tracé et ses rails traversent également toute la Mongolie et le nord de la Chine !! Tout cela fait de la ligne transsibérienne la voie ferrée la plus longue de la planète et de très loin.

Le train m’a donc mené jusqu’à Ulan-Ude à la frontière russo-mongole mais avant de descendre plus bas, je vous donne rendez vous dans un prochain article sur les rives de la Perle de Sibérie, j’ai nommé le Lac Baïkal… A suivre. Concernant la carte interactive, j’ai décidé d’en commencer une nouvelle pour l’Asie. Pour voir mon itinéraire en Europe, référez vous aux anciens articles !

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8 commentaires pour Km 12 422 – L’aventure Transsibérienne

  1. Chatellet dit :

    Quel périple!quelle expérience!quel apprentissage!tu dois être né une deuxième fois…tu ne peux plus être le même homme…tu es devenu un nomade,citoyen du monde en quête de savoir.un Rousseau des temps modernes.ces récits font du bien à l’esprit, au cœur et aux espoirs de tes lecteurs…en tout cas pour moi c’est bel et bien le cas.tu es une source d’inspiration et un exemple.tu me fais poser des questions sur la condition de l’existence même de l’homme.sommes nous faits pour vivre englués dans un train-train quotidien avec pour évasion et connaissance l’idée que nous nous faisons des autres, des pays,des cultures…ne doit on pas aller chercher les réponses à la source?voyager pour apprendre,pour partager,pour évoluer?
    Tu déranges par ton départ car tu fais remettre en question la sédentarité de tout une majorité…mais n’est-ce pas toi qui serais dans le vrai?
    En tout cas merci pour ton partage,sincèrement!
    Je me suis un peu étalée dans ma réflexion mais après tout n’est-ce pas aussi ça le partage;)
    Bonne route et prend soin de toi.

  2. Raphaël Lawson dit :

    Je me rappelle ce cours de géographie de terminale sur la Russie et son transsibérien, quelle nostalgie de réentendre ces noms qui me semblaient d’un autre monde lol , nijni novgorod, novossibirsk…. As tu rencontré d’autres femmes russes ? Sont elles chaleureuses ? Les russes sont-ils sensibles à des oeuvres qui me touchent comme Star Wars ou Californication où sont ils complètement dans un autre univers ? On m’a dit qu’ils n’aimaient pas les gens… Tu sais comme moi…

  3. pelleray dit :

    Elle est plutôt charmante La Provodnitsa ! Encore et pour mon plus grand bonheur (et celui de bien d’autres…), un magnifique article qui nous donne plus que jamais impatient-e-s de lire le prochain. Bravo Manu. Papa, Maman

  4. famille suau dit :

    moi ça me donnerait envie de relire Michel Strogoff! Bernard du 12

  5. henribo dit :

    Je vous conseille le très bon livre « Aventure transsibérienne » que vous pouvez vous procurer sur internet.

  6. Ivan dit :

    Super article pour quelqu’un qui embarque bientôt ! Pourquoi est-ce que tu es allé à la station Komsomolskaya ? Les billets s’achètent là bas ?

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